On parle beaucoup des forêts tropicales quand il s’agit de climat, beaucoup moins des mangroves. Pourtant, ces forêts amphibies qui poussent à l’interface entre terre et mer comptent parmi les écosystèmes les plus efficaces de la planète pour stocker du carbone — et parmi les plus menacés.
Un écosystème discret mais essentiel
Les mangroves poussent dans les zones intertidales des régions tropicales et subtropicales : le long des côtes d’Afrique de l’Ouest, d’Asie du Sud-Est, d’Amérique centrale, et notamment à Madagascar, dont la côte ouest abrite l’une des plus grandes surfaces de mangroves de l’océan Indien.
Leur rôle dépasse largement l’esthétique d’un paysage côtier :
- Stockage de carbone : à surface égale, une mangrove peut stocker jusqu’à quatre fois plus de carbone qu’une forêt tropicale terrestre, en grande partie dans ses sédiments
- Protection du littoral : leurs racines complexes atténuent l’érosion côtière et amortissent l’impact des tempêtes et cyclones
- Nurserie naturelle : de nombreuses espèces marines, dont les crevettes, y passent une partie de leur cycle de vie avant de rejoindre le large
- Filtration de l’eau : elles retiennent les sédiments et certains polluants avant qu’ils n’atteignent les récifs coralliens
Une ressource sous pression
Malgré ce rôle écologique majeur, les mangroves reculent partout dans le monde, souvent au profit d’une urbanisation côtière rapide ou d’une aquaculture intensive mal maîtrisée — bassins à crevettes surdensifiés, déforestation pour créer des étangs, pollution des eaux par les intrants. Certains pays ont ainsi perdu plus de 20 % de leur surface de mangroves en quelques décennies.
C’est dans ce contexte que la manière dont on exploite ces zones humides devient un enjeu à part entière. Il existe une vraie différence entre une aquaculture qui rase la mangrove pour maximiser le rendement à court terme, et un modèle qui s’y insère à faible densité en préservant l’écosystème existant.
Madagascar, un cas d’école
Madagascar illustre bien cette tension entre développement économique et préservation. Le pays abrite des mangroves parmi les plus riches d’Afrique, notamment autour de la baie de Mahajamba, où s’est développée depuis les années 1990 une aquaculture de crevettes construite précisément pour ne pas répéter les erreurs observées ailleurs.
La crevette de Madagascar, notamment via UNIMA, acteur historique de cette filière, est un bon exemple car Unima a fait le choix d’un élevage à faible densité directement intégré dans les eaux naturelles de la mangrove, plutôt que la destruction de celle-ci pour créer des bassins artificiels — une approche qui a notamment permis à l’entreprise d’obtenir la certification Label Rouge pour sa production, une première pour un produit aquacole non européen.
Ce qu’on peut retenir
Protéger les mangroves n’est pas qu’une question de conservation abstraite : c’est un enjeu climatique concret (stockage carbone), un enjeu de sécurité côtière (protection contre les tempêtes) et un enjeu économique pour les filières qui en dépendent, comme l’aquaculture ou la pêche artisanale. Les modèles qui parviennent à concilier activité économique et préservation de ces écosystèmes méritent qu’on s’y intéresse d’un peu plus près — ils montrent qu’il n’y a pas de fatalité entre développement et environnement.